L’Afrique, prochaine plateforme d’agriculture bio grâce aux algues ?

Hervé Balusson, PDG d’Olmix, spécialiste breton de produits à base d’algues pour l’élevage et l’agriculture, a décidé il y a 5 ans de s’intéresser à l’Afrique. Créé en 1995 à Bréhan, en Bretagne, générant un chiffre d’affaires de € 80 millions dont 80% à l’export, Olmix travaille dans 100 pays et compte 22 implantations dont deux en Afrique, au Sénégal et en Côte d’Ivoire.

Entretien de CommodAfrica avec Hervé Balusson au Salon de l’élevage de Rennes,  le 13 septembre dernier.

Quelle est l’histoire d’Olmix avec les algues ?

En Côte Atlantique, nous avons un gisement d’algues assez exceptionnel, soit un million de tonnes de macro algues, des algues vertes, rouges, brunes. En Bretagne, dans  le Nord Finistère et la Côte Nord, nous avons une connaissance sur l’algue inégalée au monde avec notamment le Centre nationale de recherche scientifique (CNRS) de Roscoff dont la création remonte à 1872. Il y a 300 chercheurs et nous avons développé avec eux depuis une vingtaine d’année toute la purification et l’extraction en  cracking de ces algues.

Aujourd’hui, nous sommes en train de monter une troisième usine, en Vendée, pour valoriser les algues rouges, après celles dans le Nord Finistère qui fait de l’extraction moléculaire et en Centre Bretagne.

Nous avons donc un gros volume de biomasse  et notre procédé est de cracker : le jus d’un côté, le marc de l’autre, avec de nouvelles techniques d’hydrolyse enzymatique et de séparation appliquées depuis la récolte jusqu’au produit final. Toutes ces technologies nous ont permis de monter des gammes de produits en nutrition animale. Avec des nutriments végétaux,  on arrive à remplacer les antibiotiques, des fongicides. En humain, on commence à remplacer du sel, des polyphosphates dans les saucisses, les pâtés, etc.

L’algue est une culture asiatique, l’algue c’est la santé. Inévitablement, il y a 20 ans, lorsqu’on a commencé à faire manger des algues aux cochons, aux poulets, etc., les Asiatiques trouvaient qu’on exagérait. Les Chinois trouvaient cela un peu fou. Mais aujourd’hui on arrive à faire du cochon, du poulet, de la dinde nourris aux algues  et donc une viande de très haute qualité.

Quel est votre défi aujourd’hui ?

Aujourd’hui, toute une industrie de l’algue est à monter, à partir de sa culture. On démarre 10 ha dans le Nord Finistère. L’enjeu est de taille puisqu’on est au début d’un nouveau minerai, d’un nouveau or vert-or bleu,  qui nous vient de la mer, qu’on peut après développer à l’infini et  qui peut remplacer les protéines, les antibiotiques, etc.

Et l’Afrique ?

L’Afrique, c’est nourrir deux milliards d’hommes demain…Dans l’aquaculture, aujourd’hui on va développer un procédé d’aquaponie, qui associe la culture des végétaux avec l’élevage de poissons. Un bassin de poissons fertilise des algues. On utilise l’eau  pour les légumes et on nourrit le poisson avec l’algue. D’autre part, la protéine d’algues a un avenir phénoménale notamment dans le cadre de la nutrition-santé .

Aujourd’hui, en Afrique de l’Ouest, il existe un gros problème de mycotoxines, notamment sur le café, sur le cacao, car il y a des moisissures, des fermentations sur les matières premières. C’est dû au sol, au climat. Nos produits ont un très bon effet sur ces problèmes et aujourd’hui nous sommes en train de pénétrer les marchés en Afrique de l’Ouest.

Nous développons tout ce qui tourne autour de la nutrition animale, le végétal, l’amélioration des rendements au Mali, au Cameroun, au Ghana, en Côte d’Ivoire, au Kenya, en Ethiopie et on essaie de rentrer au Nigeria.

Avec quels types de produits ?

Ce sont des produits d’hygiène de santé animale et végétale. Pour l’instant, nous importons ces produits en bidons, de France. Mais je pense qu’avec l’Afrique, l’avenir sera la culture de l’algue sous serre. Dans les pays côtiers mais aussi en eau douce.

Où êtes-vous le plus impliqué en Afrique ?

On est le plus avancé en Côte d’Ivoire. Mais, sur l’Afrique, on a démarré il y a seulement 5 ans ; nous sommes encore sur de faibles volumes. On fait à peine un million de dollars sur l’ensemble des pays africains.

Nous sommes dans les élevages de volailles, de bovins, de porcs. Et on essaie aujourd’hui sur les plantes, sur le café, le cacao. Mais nous sommes plus en développement qu’en phase de ventes. On est en train de découvrir aussi tout ce qui tourne autour des maladies tropicales. Parce qu’ils ont des problèmes de santé animale., avec de grosses mortalités, de l’ordre de 20%, 30% même 40%. Avec ces produits à base d’algues, on peut arriver à réduire quasiment de 70% cette mortalité animale. On pourrait même aller plus loin avec, pour l’humain, sur le Sida, par exemple.

Nous avons aussi une plateforme d’essai au Mali, en plantes claires, en végétal. sur les légumes comme lesstomates pour ne pas utiliser de fongicides. Eux, ils passeront sans fongicides et ils pourront être bio. C’est ça la force de l’Afrique :  demain ils peuvent devenir la plateforme d’agriculture bio. Le must, ce sera de produire des algues locales.

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L’Afrique, prochaine plateforme d’agri…

Par Michel Fotsing temps de lecture: 4 min
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